Les Contes de Lupus

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Quelque part à la frontière des territoires idéologiques de la Véganie et des anti-chasse (ou Aspasland), on trouve les pro-loups.

Tout d’abord, attention, certains appartiennent à toutes les catégories (si, si, c’est possible).  J’attends personnellement avec impatience une anecdote type : « Harmony, 19 ans, végane résolument anti-chasse, qui pratique la communication animale pour garder le contact avec Caramel, son poney sauvé de l’enfer des centres équestres tué par un loup, vous propose des séances de CA (45€ les 15 minutes par téléphone). »

Bon, mais rentrons dans le sujet. Je vais essayer de vous ressortir les lieux communs préférés des pro-loups, et de vous donner les faits tels qu’ils sont quand on enlève les œillères (roses bien sûr les œillères).

La vision des amoureux du loup…

1- « Ils étaient là avant nous »

Les hominidés sont apparus il y a environ 20 millions d’années.

Les premiers ancêtres des loups remontent, eux, à 1,8 millions d’années.

Voilà, voilà.

2- « Les loups ont été discriminés par les contes de fées »

Je sais que vous rigolez en lisant ça, mais c’est un argument qui revient souvent.

Selon eux, si le loup n’avait pas été le méchant des contes de notre enfance, il n’aurait pas été exterminé. On l’aurait « diabolisé ».

Ils ont oublié un truc… Le conflit entre l’homme et le loup date de bien avant les contes. S’il est devenu l’ennemi désigné de l’imaginaire collectif, c’est parce que nos ancêtres ont dû se défendre contre lui, l’empêcher de tuer leur bétail, et accessoirement leurs enfants.

N’en doutez pas, pour un prédateur comme le loup, le vivant se présente en 2 catégories : proies et concurrents. Des hommes plus sages avant nous l’avaient compris et ont voulu le faire disparaître de nos lieux d’activités. Aujourd’hui on nous demande de nous comporter en proies.

Ça craint pour le petit chaperon rouge.

3- « Les loups, c’est un problème d’éleveurs »

Et oui, c’est connu, Lupus vérifie que le propriétaire de l’animal qu’il boulotte est bien inscrit sur les registres des chambres d’agricultures (il a téléchargé les listings sur son smartphone, c’est évident, non ?).

Soyons clair, le loup mange de tout. Les ovins sont en tête de liste, mais aussi bovins, caprins, …

Et pour les particulier, nous avons : chevaux, ânes, poneys, lamas, chiens, chats, …

Aux USA, on a même des cas de meutes qui se tapent des ours au petit déjeuner.

Alors non, ce n’est pas seulement le problème des éleveurs, mais de tous ceux qui n’habitent pas en ville. Et même les urbains peuvent se faire becqueter leur chihuahua pendant leur week-end de tourisme vert (pour se sentir en phase avec la nature, ils sont venus en 4×4 hybride…).

Je viendrais plus tard aux risques pour l’homme.

4- « Les loups régulent le gibier »

Notre ami Lupus, comme tout prédateur qui se respecte, fonctionne sur le principe du ratio énergétique, c’est-à-dire la proie qui demandera la plus faible dépense énergétique lors de la chasse pour l’apport énergétique maximum nutritivement.

Donc, tant qu’il y a de l’agneau et du veau au menu, il ne va pas prendre le risque de se faire éventrer par un sanglier (c’est susceptible ces bêtes là), ou s’épuiser derrière un cerf (ils courent vite ces cons).

Et quand le loup se met au gibier, contrairement à ce que pensent les amis de Lupus, ça ne se passe pas bien non plus.

Au Yellowstone, toujours cité comme l’exemple de la réintroduction parfaite, où il n’y a ni moutons, ni vaches, les populations de wapitis sont en chute libre. Si vous vous demandez pourquoi les loups ne vont pas taper dans le bétail autour du parc, c’est parce qu’on les tue dès qu’ils passent la frontière. C’est peut être pour ça qu’ils mangent des ours là-bas.

5- « Les éleveurs sont indemnisés, ça leur coûte rien »

Alors déjà, l’indemnisation n’est pas obligatoire. Il faut que la présence de Lupus soit reconnue sur le département concerné, et ensuite que l’attaque soit attribuée au loup par le KGB… pardon, l’OFB. Autant dire qu’hormis dans le sud-est, il ne vous reste que vos yeux pour pleurer.

Ensuite une bête tuée est indemnisée, pas les disparues.

Quant à l’indemnisation elle-même, c’est la valeur nette de la bête, pas sa carrière (production de lait, reproducteurs,…). L’impact de l’importance génétique n’est pas pris en compte non plus. Les avortements liés au stress des attaques n’entrent pas plus dans le calcul.

Quant aux éleveurs qui doivent renoncer à la transhumance, ou ceux qui abandonnent certaines parcelles pour pouvoir rentrer les bêtes chaque nuit, c’est un coût en aliment, en foin et en paille qui est là aussi pour leur pomme.

Petite précision pour finir, les indemnisations sont en grande partie à la charge du ministère de l’agriculture. Pour moi, c’est comme si on demandait à un condamné à la chaise électrique de payer la facture EDF.

Et l’éleveur n’a été coupable de rien, lui.

6- « On a pris leur territoire »

La disparition de Lupus a en effet permis de développer le pastoralisme. Des zones de forêts sont devenues des zones d’élevage.

Mais… En quoi c’est mal ?

Parce que l’extermination de Lupus et ses potes n’a pas été faite pour récupérer des territoires, c’était pas les croisades non plus.

On a mis plusieurs siècles à le dégager parce qu’il nous pourrissait la vie, et aussi parce qu’il était vecteur de rage (et avant Pasteur, contracter la rage était une condamnation à une mort lente et douloureuse).

Il n’y a pas de complot, ni de société secrète anti-loups (les francs maçons ou les illuminati? Ça ne peut pas être Hitler ou les adeptes de Manson, ils adoraient les animaux et étaient de bons végétaryens…).

7- « Le loup a naturellement peur de l’homme »

Hahahahaha. Elle est bien bonne. Le loup se méfie de l’homme comme de tout animal nouveau qu’il croise. Il observe, il teste, et si ça le tue pas et que ça montre pas les dents, c’est que c’est pas dangereux, et qu’éventuellement ça se mange (faut voir, faut goûter).

N’oubliez pas la vision de base : proie / concurrent. On peut rajouter dangereux / pas dangereux. La peur n’est pas innée mais acquise. Et dans notre pays elle n’est pas prête d’être acquise vu que le loup est surprotégé, et n’a aucune raison de s’en faire.

Ça marche même comme ça entre eux. Qu’un loup montre la moindre faiblesse, les individus en dessous de lui dans la hiérarchie vont lui faire sa fête, sans cotillons ni gâteau.

Alors il n’est pas question de peur innée. Lupus est prudent, il teste, et il attend le bon moment.

8- « Il n’y a qu’en France que ça se passe mal »

Oui, en France, ça se passe mal.

Et en Italie.

Et en Espagne.

Et en Allemagne.

Et… oh, partout où on a sacralisé le loup, où on l’a érigé en symbole, et où il est intouchable.

En Russie ou aux USA ça se passe mieux. Là où on leur tire dessus, en fait.

Mais ça doit être une coïncidence, c’est sûrement moi qui voit le mal partout.

Après tout, je suis personnellement une tueuse en série d’araignées, ça veut bien dire que je n’ai aucune sensibilité, non ? (Suis-je sentiente ???).

9- « Les moyens de protection sont efficaces, c’est les éleveurs qui font pas leur boulot »

Bon, il y a un amoureux de Lupus plus visé que les autres par celle-là, je vous laisse deviner. Un indice, il est naturaliste… (vous pouvez rire, carrément même).

Déjà, des moyens de protection efficaces à 100%, il n’y en a pas. Si, un, ça s’appelle l’élevage industriel. Quand toutes les bêtes sont cadenassées, vu que Lupus n’a pas de CAP serrurerie, ça passe.

Mais sinon… Les chiens de protection se font bouffer régulièrement (pas juste mordre, mais consommer). Et il en faut plus qu’il n’y ait de loups en face, je vous laisse imaginer l’escalade que ça représente avec l’augmentation de la population lupine.

Les clôtures : selon les normes elles doivent faire 1m20 et être électrifiées. Les loups passent 2m sans problème. Mais tout va bien, tout est logique.

Et puis il y a les gadgets. Je ne vais pas vous faire la liste, ce n’est vraiment pas la peine. Tous les ans au moins il y a un petit malin qui nous sort un truc, se répandant dans sa compassion pour les éleveurs qu’il veut sauver… N’oubliez pas de régler d’avance, nous ne prenons pas les chèques.

Car c’est là qu’est la grande arnaque… euh, le grand business du loup. On vous propose des gadgets, des stages, des formations, …. Toute situation de crise a ses profiteurs, et ceux-là ont l’écologie comme alibi.

10- « Le loup n’attaque pas l’homme »

J’avoue, si je devais n’avoir qu’un cheval de bataille sur la question de Lupus, ce serait celui-là. Car ceux qui affirment ça ne valent pas mieux pour moi que ceux qui nient l’holocauste. On a un devoir de mémoire. Car si on a exterminé le loup, c’est avant tout parce qu’il tuait les nôtres, et particulièrement les enfants.

Pour ce point, je vais rentrer dans le détail des arguments, aussi parce que c’est le sujet tabou des pro-loups. Ils préféreraient mourir que de l’admettre. Parce que c’est sur ce point qu’ils peuvent perdre l’opinion publique, parce que c’est ça qui fait s’effondrer tout leur édifice de dédiabolisation. Parce que dans notre instinct, au fond de notre cerveau reptilien, on sait que loup = danger. Et ils n’ont pas du tout envie de raviver cet instinct là.

Alors, allons-y. D’abord un petit panel de ce qu’on nous sort à tous les coups, liste malheureusement non exhaustive :

« Il n’y a que les loups déviants, enragés, qui attaquent l’homme », « Ça n’arrive plus de nos jours », « C’est seulement dans des pays sous-développés », « C’est seulement si le loup se sent menacé, aculé », « Ce n’est que de la défense, pas de la prédation, ce n’est pas pour se nourrir », « S’ils attaquent l’homme, ce sont des hybrides, pas des loups ».

Je vais vous raconter l’histoire de Candice Berner, qui répond, malheureusement pour elle, à tous ces arguments. (Le rapport complet des faits est disponible en pdf en anglais. J’ai lu la quarantaine de pages, et je n’ai pas bien dormi les nuits suivantes).

Institutrice de 32 ans dans la petite ville de Chignik Lake en Alaska, elle est partie faire un jogging en mars 2010. La meute est venue l’attaquer sur la route. Ils l’ont trainée. Elle s’est battue avec eux, a essayer de fuir. Ils l’ont faite tomber encore et encore, la blessant un peu plus à chaque fois, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se relever. La quantité de sang retrouvé laisse à penser qu’elle était encore vivante quand ils ont commencé leur repas.

Plusieurs hommes ont trouvé le corps. Ceux qui le gardaient pendant que les autres allaient chercher les autorités ont vu les loups qui les observaient de loin, calmement, attendant de pouvoir finir de manger.

La meute a été retrouvée, abattue. Les tests ADN ont établi que c’étaient bien ceux-là qui avaient fait cette horreur. Leur embonpoint indiquait qu’ils n’étaient ni affamés, ni malades. Aucun d’entre eux n’était positif à la rage.

Voilà ce qu’est un loup. Un super prédateur. Il repère la proie la plus facile dans une situation donnée, la tue et la mange (et pas toujours dans cet ordre). Et si la proie la plus accessible, c’est vous, et bien, je suis contente de vous avoir connu, et que Dieu vous garde.

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