Recherche expérimentale : des savants fous?

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Affiche du film RE-ANIMATOR (1985)

La lutte contre l’expérimentation animale est un cheval de bataille pour les animalistes. À grand renfort de vidéos volées, d’images détournées et hors contexte, ils décrivent une recherche immorale, pratiquée par des chercheurs sadiques, inutile, dangereuse pour l’homme (car le modèle animal serait non prédictible), et sans aucune réglementation. Le tout illustré la plupart du temps par une photo d’un labo dans les années 70 ou 80 hors d’âge!


Image d’illustration du site Peta france sur l’expérimentation animale, très actuelle !

Des avancées médicales capitales et incontestables

Les progrès de la médecine obtenus grâce à l’utilisation des animaux en recherche sont nombreux et incontestables : Pasteur a mis au point le vaccin contre la rage en 1885 grâce au chien et au lapin, le traitement à base d’insuline contre le diabète a été mis au point sur des chiens (avancée récompensée d’un prix Nobel de médecine en 1923). En chirurgie, cela permet de tester les procédures sur les animaux avant de les appliquer sur l’Homme, comme pour les greffes d’organes par exemple.

Des traitements pour de nombreuses maladies ont été possibles, et le sont encore, grâce à la recherche préclinique sur les modèles animaux (par exemple, un traitement contre la Sclérose En Plaque a pu être mis au point en utilisant des souris souffrant d’une pathologie proche de la SEP).

D’ailleurs pour qu’un nouveau médicament obtienne une autorisation de mise sur le marché, il doit obligatoirement avoir été testé sur différents modèles animaux (recherche préclinique), puis sur des volontaires sains et malades (recherche clinique).

Une recherche ultra réglementée

Pour encadrer la recherche expérimentale, une législation stricte et harmonisée au niveau européen a été mise en place par la convention STE 123 en 1985.

Dans ce cadre, chaque projet doit obtenir une autorisation du ministère de la recherche qui examine le but et les méthodes, il doit avoir lieu dans un établissement agréé doté d’un comité éthique et doit être mené par un personnel spécifiquement formé.

Cette réglementation s’appuie aussi sur le respect de la règle des 3R:

Réduire : diminuer le nombre d’animaux utilisés, sélectionner et réduire le choix des espèces utilisées et le nombre de tests pratiqués sur ces animaux. Ne pratiquer que des tests considérés comme indispensables, et limiter les études redondantes par la rédaction de protocoles expérimentaux. D’ailleurs les animaux utilisés ne peuvent provenir que d’élevages agréés.

Remplacer : par des méthodes alternatives lorsque cela est possible. Par exemple des tests in vitro (sur des cultures cellulaires), ou in silico (sur modèle informatique). Mais ces méthodes alternatives sont souvent COMPLÉMENTAIRES aux modèles animaux car la modélisation des maladies est parfois imparfaite et il est difficile de prévoir des effets secondaires en dehors d’un organisme complet.

Raffiner : optimiser la méthodologie pour réduire la douleur et le stress imposés aux animaux (meilleures conditions d’élevage, de transport, et établir un point limite pour l’arrêt du protocole, tester sous anesthésie si nécessaire, et privilégier les tests non invasifs (imagerie, télémétrie)…

On est loin de l’image du scientifique qui fait ce qu’il veut dans la cave de son labo! Et en règle générale, il est plus avantageux pour la recherche de travailler avec des animaux en bonne santé et non stressés afin de ne pas biaiser les résultats obtenus. « Happy animals make good science »

La réalité des chiffres de la recherche

Le ministère de l’enseignement et de la recherche a publié les chiffres de l’expérimentation animale pour 2018.

Sur les 1,9 millions d’animaux utilisés à des fins scientifiques en 2018, la souris est l’espèce la plus utilisée (62%), suivie des poissons (13% toutes espèces confondues). Viennent ensuite les rats (8%) et les lapins (6%). Mais paradoxalement les images d’animaux le plus souvent utilisées par les associations de protection animale pour sensibiliser le grand public contre l’expérimentation sont celles de singes, chiens et chats, qui ne représentent respectivement dans ces chiffres que 0.18%, 0.22% et 0.06%.

Il est à noter que la recherche sur les grands singes tels que les chimpanzés ou bonobos est interdite depuis plus de trente ans.

Statistiques des espèces utilisées en expérimentation

95% des animaux utilisés sont nés dans des élevages agréés en Europe. Pour certaines espèces, les animaux sont réutilisés, afin d’en limiter le nombre. C’est le cas surtout pour les reptiles, équidés, primates et chats.

Les sujets de recherche principaux sont la recherche fondamentale (39%), la recherche appliquée (28%) sur des pathologies humaines ou animales, puis les études toxicologiques et d’efficacité de médicaments à usage médical ou vétérinaire (27%).

Depuis 2013, l’usage des animaux dans le domaine cosmétique est interdit par la réglementation européenne. De là à dire que les marques de cosmétiques vegans « cruelty free » ne sont qu’un argument marketing, il n’y a qu’un pas 🙂

En conclusion, les fausses idées et les fantasmes entretenus et véhiculés par la PA sur les réseaux sociaux sont nombreux. L’expérimentation animale des années 80 n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui, les considérations éthiques sont largement prises en compte dans les études actuelles et les chiffres publiés sont transparents. Les méthodes alternatives font aujourd’hui partie de la recherche et sont développées, mais elles restent actuellement seulement complémentaires à l’expérimentation animale qui reste indispensable.

https://www.petafrance.com/nos-campagnes/experimentation/

https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/treaty/123

https://www.inserm.fr/recherche-inserm/ethique/utilisation-animaux-fins-recherche/reglementation-et-ethique-experimentation-animale

https://www.istem.eu/

http://www.mti.univ-paris-diderot.fr/

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9175008/

https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/utilisation_des_animaux_fins_scientifiques/55/7/STAT2018_Utilisation_animaux_fins_scientifiques_1287557.pdf

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32013R0655&from=FR

https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/cosmetiques-ne-vous-fiez-pas-a-lallegation-non-teste-sur-animaux

https://www.recherche-animale.org/les-idees-fausse

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